Fuente: esmadrid
Lieu de résidence de grands écrivains aux XVIe et XVIIe siècles, c´est aujourd´hui l´une des zones commerciales les plus animées de Madrid
Cervantès, Lope de Vega, Tirso de Molina, Calderón de la Barca. À l´époque connue comme le Siècle d´Or espagnol, ces célèbres écrivains et de nombreux autres partagèrent plus qu´une simple profession: à un moment ou à un autre, ils vécurent dans le quartier qui s´étend autour de la rue Huertas, aujourd´hui piétonne et devenue l´un des lieux les plus fréquentés du centre de Madrid.
Une place très animée
Madrid, XVIe siècle. C'est une époque difficile pour la Cour et encore plus pour le peuple qui, petit à petit, assiste à la transformation de la ville, jusque là cité médiévale, en capitale de l'Empire espagnol. Les règnes de Carlos Ier d'abord, et Felipe II ensuite, sont décisifs dans l'évolution de tous les aspects historiques, sociaux et économiques de Madrid. La Place de Santa Ana -centre de grand intérêt touristique de par la concentration de théâtres, de bars, de restaurants et de pubs- est aujourd'hui ce qu'elle est grâce à Álvarez Gato, un haut fonctionnaire, majordome du roi Carlos I, qui acheta les terrains proches de la place del Arrabal -l'actuelle Plaza Mayor-.
Théâtre dans les corrales
Parmi les nouveaux venus pour habiter le quartier, se trouvait María Pacheco, une femme devenue très populaire pour avoir cédé l'espace de sa basse-cour afin d'y réaliser de petites représentations théâtrales, de la mi-journée jusque tard dans la nuit. Le Corral de la Pacheca, connu par la suite sous le nom de Corral del Principe, fut le lieu de divertissement des madrilènes qui venaient de plus en plus nombreux assister aux pièces de Calderón de la Barca et, plus tard, à celles de Lope de Vega. Aujourd'hui, des œuvres classiques sont toujours représentées au même endroit, devenu le Théâtre Espagnol (1849), situé sur la place même de Santa Ana, qui accueille d'autre part les statues de Calderón de la Barca et Federico García Lorca. Tout à côté, dans la rue Principe, se trouve leThéâtre de la Comedia, inauguré en 1875 et actuellement en travaux de rénovation.
De l'autre côté de la place de Santa Ana, se trouve le Me, l'un des hôtels les plus modernes et suggestifs de Madrid, à côté de la place del Ángel, où on trouve le célèbre Café Central, l'un des temples du jazz de Madrid.
Dans la rue de las Huertas

Huertas est devenu le coin préféré des touristes et des étudiants étrangers qui s'y retrouvent le soir pour sa grande animation, héritée des temps du Siècle d'Or. Même si seule l'imagination est capable de recréer l'ambiance de l'époque, on en garde aujourd'hui un témoignage à travers ses maisons basses et ses rues étroites, en plus de quelques édifices historiques commel'église de San Sebastian, classé Monument National non pas pour le bâtiment en lui-même mais pour ses archives. En effet,l'église abrite de nombreux moments de la vie d'illustres personnages qui y furent baptisés -Ramón de la Cruz, Jacinto Benavente-, s'y marièrent -Larra, Zorrilla, Bécquer- ou y reçurent un dernier hommage à leur mort. Parmi les actes de décès figurent ceux de Lope de Vega -enterré à cet endroit même-, Ruiz de Alarcón et Espronceda. C'est dans son ancien cimetière, aujourd'hui une pépinière, que José Caldoso, l'un des grands noms de la littérature espagnole du XVIIIe siècle, essaya de déterrer le corps de sa belle, l'actrice María Ibañez. Il se servit de cette expérience pour narrer ses célèbres Noches Lúgubres (Nuits lugubres).
Des grands mots sur le sol
En descendant la rue Huertas, le promeneur peut faire une halte devant un extrait de Luis de Góngora, Francisco de Quevedo ou encore Gustavo Adolfo Bécquer, qui vécurent et travaillèrent dans ces rues, et à qui on rend aujourd'hui hommage à travers la reproduction de morceaux choisis de leurs œuvres sur le sol des rues du quartier. Sur la place Matutes, on peut observer le bâtiment qui fut le siège du journal El Imparcial, où travailla Gustavo Adolfo Bécquer. Après le croisement avec la rue Leon, on se retrouve devant le mentidero de los Comediantes, ou mentidero de Representantes, lieu de réunion des acteurs et comédiens à la recherche d'un rôle.
Histoires de Cervantès...
Entre la rue Huertas et l'ancienne rue Cantarranas -aujourd'hui connue sous le nom de Lope de Vega-, se trouve leCouvent de las Trinitarias. Fondé par Felipe III en 1612, c'est une oeuvre de ligne sobre et austère réalisée par l'architecte Marcos López et qui doit sa conservation à la Real Academia de la Historia. Dans le couvent, transformé partiellement pour accueillir le siège de l'Université d'Alcalá, est enterré Miguel de Cervantès, lequel fut étroitement lié à l'ordre des Trinitarias, qui payèrent sa libération des joules algériennes où il passa cinq ans en captivité.
L'auteur de Don Quichotte a partagé des centaines de fois la scène avec son grand et jeune rival Lope de Vega. Les deux étaient en fait le jour et la nuit. Lope était un dramaturge à succès, riche et chéri de tous, du peuple et des femmes en particulier. Cervantès était au contraire un romancier peu reconnu et sans le sou. Leur vie s'est déroulée de façon si parallèle que, non seulement ils vivaient à quelques mètres l'un de l'autre, mais on dit aussi qu'ils partagèrent une maîtresse ainsi qu'une dévotion pour le couvent des Trinitarias, où, en outre, séjournèrent leurs filles respectives.
...et Lope de Vega

Leur rivalité était connue de tous, notamment à travers les piques et les commentaires mal intentionnés qu'ils s'adressaient dans leurs écrits. Malgré tout, Cervantès et Lope se voyaient et se parlaient constamment dans les tertulias (débats), dans la congrégation et, surtout, dans la rue. A la fin de sa vie,Cervantès vécut dans la rue Huertas et ensuite dans la rue Francos -aujourd'hui appelée Cervantès- face au mentidero de los Comediantes et tout près de son ennemi, Lope de Vega, qui vécut dans une maison d'où, à sa mort, partit tout un cortège de madrilènes pour l'accompagner jusqu'à l'église de Saint Sébastien, où il est enterré.
La rue Lope de Vega débouche sur l'église du Christ de Medinaceli, longtemps honorée par les actrices de l'époque qui remplissaient l'église de Jésus de pseudos fidèles masculins. Objet de dévotion de milliers de madrilènes encore aujourd'hui, c'est une chapelle qui faisait partie des Padres Trinitarios Descalzos et qui était visitée assidûment par Lope de Vega, Calderón de la Barca et Tirso de Molina, tous trois des écrivains ordonnés prêtres qui déplacèrent leurs œuvres dramatiques, représentées auparavant aux alentours des églises, dans les corrales de comedias.
Quevedo versus Góngora
Ces rues par où sont passés des hommes aussi renommés, devinrent aussi la scène des disputes retentissantes entre Francisco de Quevedo et Luis de Góngora. En face du Couvent de las Trinitarias, au coin de la rue Lope de Vega, se trouve la maison de Quevedo, comme le rappelle une grande plaque sur la façade. Celle-ci oublie de préciser cependant qu'elle avait été auparavant le domicile de Gongora, qu'il avait acheté non sans efforts à son arrivée à Madrid.
Il s'agit, là aussi, de deux hommes opposés. Quevedo avait une forte personnalité ; il était assidu aux maisons closes et aux ambiances marginales de l'époque, et était très apprécié pour être un homme proche du peuple. Gongora, quant à lui, n'inspirait que de l'antipathie chez les gens autour de lui.
Fin du trajet
Le quartier donne finalement sur le Paseo del Prado et la Place de las Cortes, où s'érige une statue de Miguel de Cervantès et sont situés les hôtels Palace et Villareal. A quelques mètres de là, se trouve, depuis 1884, l'Ateneo de Madrid, un célèbre lieu de réunion, forums et débats culturels. Les musées de El El Prado, Thyssen-Bornemisza et Reina Sofía occupent un espace qui a été témoin de la vie et des miracles de nos écrivains du Siècle d'Or.
Comédiens, écrivains et toute la société de l'époque se sont, à un moment ou à un autre, donnés rendez-vous dans ces rues. C'était le Madrid du Siècle d'Or, où l'honneur était surestimé et de nombreux gestes anodins étaient pris pour une offense dont on réglait les comptes en pleine rue. Aujourd'hui, le quartier, connu aussi sous le nom deQuartier des Muses ou Quartier du Parnasse -en hommage au poème de Cervantès intitulé Voyage au Parnasse- abrite de nombreux commerces, hôtels, cafés et bars, qui font de lui l'un des points névralgiques du centre historique de la ville.
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